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Les îles Chausey |
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Écrit par O. Le Carrer
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Jeudi, 30 Septembre 2004 01:00 |
L'archipel insaisissable
Navigateurs en pantoufles, s'abstenir, car rien n'est acquis une fois pour toutes dans ces poussières d'îles dont le charme est proportionnel à la versatilité. Ici, sable, eau et cailloux se livrent à un jeu de cache-cache sans fin. Bienvenue au royaume de l'éphémère !
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Présentation
A ceux qui s'étonnaient du petit nombre de participants au départ des régates locales, un ancien président du yacht-club de Granville répondait fort justement : " Notre problème à nous Granvillais, c'est Chausey... " Un raccourci élégant et parfaitement réaliste. Comment peut-on en effet avoir sérieusement envie de perdre son temps, son argent et sa santé, dans un jeu aussi hasardeux que crispant, quand un des plus jolis chapelets d'îles du littoral français vous nargue à moins de dix milles ? Car la magie de Chausey, c'est bien cela : une constellation dont l'organisation ne cesse de changer au gré du flux et du reflux. Lunaire au bas de l'eau, vénitienne à mi-marée, et enfin maritime au plein, Chausey présente un visage différent à chaque heure et constitue une source inépuisable de découvertes. 
Un "rail" entre îles et continentRien d'étonnant ainsi à ce que les navigateurs du cru n'hésitent guère
entre balade aux îles et compétition. Et même si quelques " pointures "
granvillaises comme Christophe Auguin (trois victoires en solitaire
autour du monde) ou Benoît Charon (l'un des " papes " du monotype
moderne, notamment champion d'Europe de First Class 8), ont prouvé que
l'on pouvait prendre goût aux deux, le " rail " qui s'installe lors des
belles matinées estivales entre le port normand et les îles Chausey
rappelle que ces dernières sont devenues l'un des sites les plus
convoités par tout ce qui flotte entre la Basse-Normandie et
l'Ille-et-Vilaine. Trop ? Certains habitués s'en inquiètent. Expansion
du motonautisme aidant, la physionomie des lieux a changé, et le moment
de l'ouverture des portes au bassin de Hérel fait parfois peur, quand
plusieurs dizaines de pneumatiques et embarcations diverses à moteur
s'élancent en même temps, barrant l'horizon et transformant le plan
d'eau au voisinage de la pointe du Roc en chaudron écumant.
Le triangle des BermudesPourtant,
le miracle de Chausey opère toujours ; parce que sur place, on en vient
à se demander où a pu se volatiliser tout ce monde... Deux cents
bateaux brutalement dilués dans le sable et la rocaille : encore plus
fort que le triangle des Bermudes ! L'explication tient à la fois aux
habitudes des usagers et à la topographie des lieux. Les vrais
croiseurs et les visiteurs occasionnels vont en majorité dans le Sound,
l'abri principal ; les adeptes convaincus du rase-cailloux (et donc ici
de l'échouage) rejoignent chacun leurs " mouillages secrets " de
prédilection, et les petites embarcations disparaissent dans la moindre
anfractuosité des îlots rocheux... L'architecture de ce merveilleux
labyrinthe marin est ainsi faite qu'elle peut absorber une flotte
impressionnante sans jamais donner l'impression d'être saturée... au
moins pour l'instant ! Alors touchons du bois (celui de l'épave enlisée
dans le havre de Gros-Mont, par exemple), respectons les
réglementations actuelles (à commencer par celle sur la protection des
sites de nidification), et préparons l'avenir, pour que ce paradis (qui
a déjà réussi à faire fuir les promoteurs d'un port de plaisance puis
d'une boîte de nuit) en reste un... doté s'il le faut des garde-fous
propres à le préserver, y compris des gens qui lui veulent trop de
bien.
MouillagesLes havres des HuguenansPremier avantage pour les navigateurs pressés : ces trois îlots à l'extrême est de l'archipel sont les plus rapidement accessibles. Par vent de nord à sud-est, on pourra venir mouiller dans l'anse du Suroît en s'y enfonçant autant que le permet son tirant d'eau. On y accède facilement par le sud en passant à l'ouest ou à l'est (plus étroit) de la roche Tournioure marquée par une perche. Attention à contrôler l'évitage et la tenue du mouillage (il y a beaucoup d'algues). Le clapot se lève facilement avec le courant dans la passe Beauchamp ; par vent d'ouest à nord-ouest, on peut s'abriter dans le Petit Havre, au sud de la tourelle blanchie. Si le soleil brille et que votre bateau cale peu, ne manquez pas de franchir à mi-marée le cordon de sable qui sépare Petit et Grand Havre ; plaisir des yeux garanti avec une eau turquoise et de minuscules coquillages multicolores. Le refuge du SoundSeul véritable mouillage " tous temps " de l'archipel, accessible en permanence par le sud (sauf à pleine marée basse à partir du coefficient 100), il est doté dans sa moitié nord de robustes coffres utilisables gratuitement par les visiteurs. Il s'agit des deux lignes de volumineuses bouées ovales blanche et noire, à gros anneaux. Ne surtout pas confondre avec les innombrables flotteurs privés (ici on dit un " tangon ") qui, eux, sont susceptibles de voir revenir leur propriétaire à toute heure du jour ou de la nuit. L'usage : un coffre à l'avant, un autre à l'arrière, pour ne pas semer la pagaille à la renverse de courant. Les coffres les plus au nord peuvent échouer en vives eaux. A chacun de sonder et de faire ses calculs avant de choisir sa place. 
La passe nord : Un raccourci pour JerseyAu-delà des deux perches cardinales (est et ouest) qui semblent marquer la fin de la zone " habitée " du Sound, on aperçoit d'autres balises de loin en loin vers le nord-ouest ; c'est la fameuse passe nord, précieuse à plus d'un titre. D'abord parce qu'il s'agit d'un remarquable raccourci pour continuer sa croisière vers Jersey. En évitant de ressortir par le sud du Sound et de contourner le plateau des Corbières et les Rondes de l'Ouest (ou pire, de faire le tour de l'archipel par l'est), un petit voilier peut gagner là jusqu'à une heure sur la route de Saint-Hélier, principal port de l'île anglo-normande. Indépendamment de cet aspect pratique (La Grande Entrée, sortie nord de l'archipel se trouve alors à tout juste 20 milles de Jersey), la passe nord se révèle un superbe terrain de jeux. Autour des amers du Chapeau et de la Massue (qui matérialisent deux des alignements du chenal) se trouvent en effet les plus belles plages de l'archipel. Pour qui ne craint pas l'échouage, je suggère de venir mouiller au voisinage de la mi-marée descendante dans le sud-ouest des rochers de la Massue. Eaux cristallines et ambiance " désert de sable " à marée basse ! Et ce n'est qu'un exemple (le plus simple, car pratiquement exempt de pièges, à l'exception d'un bloc moteur qui guette les quilles au beau milieu de l'anse...) parmi beaucoup d'autres. Si l'on ne souhaite pas s'échouer, le mieux est de venir à marée descendante mouiller juste au sud du cordon de sable qui finit par barrer la passe au voisinage des roches de la Saunière. Pour passer la nuit à l'écart de la cohue du Sound, la zone à l'ouest de la Grande Fourche offre un mouillage bien dégagé et confortable, sauf par vent de secteur nord. 
HistoirePrès de 5 000 hectares entre mer et terre: un estran à protégerSeules deux des cinquante-deux îles " principales " recensées portent des habitations, Grande Ile, bien sûr, qui couvre à elle seule les deux tiers de l'archipel à marée haute (45 hectares), et Aneret (également appelée Grande Ancre). La pêche à pied est un des attraits majeurs de Chausey en période de grande marée. Pensez, avec un marnage pareil : la terre émergée à marée haute représente à peine 65 hectares... contre 5 000 à marée basse ! Voilà qui laisse de la place aux traqueurs de crabes et de bouquets. Ont-ils des raisons de s'inquiéter pour l'avenir de leur passe-temps ? Il semble que non ; contrairement aux bruits entendus un peu partout, le projet Natura 2000 (initiative européenne pour protéger certains sites) n'a pas pour but d'interdire toute activité à Chausey mais d'évaluer l'impact humain sur l'archipel et de mettre en place si besoin, de façon concertée, les mesures propres à le préserver.
Sept mille ans d'insularité : les peintres après les carriersCinq mille ans avant notre ère, on pouvait rejoindre Chausey à pied, à marée basse ; quatre mille ans plus tard, le bateau deviendra indispensable, la mer étant sensiblement à son niveau actuel. En dehors de la pêche, la principale activité pratiquée sur place depuis le Moyen Age était l'extraction du granit. On a compté jusqu'à 500 carriers sur l'archipel au temps où la construction des ports battait son plein sur le continent. Aujourd'hui, le nombre de résidents est estimé à une centaine en été (visiteurs non compris, évidemment) et guère plus d'une dizaine en hiver. Les pêcheurs sont toujours très présents, mais les peintres ont pris la place des carriers, à l'exemple du fameux Marin Durand Couppel de Saint-Front, alias Marin Marie, captivé par les lumières et le caractère changeant de l'archipel au point d'y passer une bonne partie de son temps.
A voir
Le phare, le fort, la chapelle: Le premier
s'est allumé pour la première fois en octobre 1847. Il lance toujours
de ses 39 m de haut un éclat blanc toutes les cinq secondes, visible à
22 milles. Juste à côté de lui, le fort a reçu sa première pierre en
1859 sous le règne de l'empereur Napoléon III. Le milieu du xixe siècle
a bien été une période faste pour la construction dans l'île puisque
c'est de cette période que date la petite chapelle, située à mi-chemin
des Blainvillais et de la grande cale. Les tours Baudry et Lambert: Mais
à quoi peuvent donc bien servir ces drôles de balises plantées près du
chemin qui mènent au phare ? Et bien elles donnaient tout simplement au
xixe siècle l'alignement qui séparait en deux la baie du
Mont-Saint-Michel, permettant de mettre un terme aux éternelles
querelles des pêcheurs locaux : à l'ouest les Cancalais, à l'est les
Granvillais ! Un bateau armé par des gardes-pêche (lesquels ont donné
leur nom aux dites tours) venait mouiller sur l'alignement pour faire
respecter l'ordre... Le château Renault: Construite en 1559
sous Henri II, cette austère bâtisse qui domine la plage de Port-Homard
a connu bien des soucis au fil des siècles, notamment du fait des
destructions dues aux troupes anglaises. Le constructeur automobile
Louis Renault l'a trouvé à l'abandon lorsqu'il l'a racheté en 1922 et
l'a fait entièrement restaurer.
Les randonnéesLe
tour de la Grande Ile est vite fait, vu sa taille. Les chemins sont
rares et les ajoncs suffisamment agressifs pour décourager les
escapades. D'autant plus que la SCI propriétaire de la presque totalité
de l'île conseille de ne pas s'aventurer n'importe où, pour ménager la
modeste végétation. Le sable offre un terrain d'exploration plus vaste
à marée descendante, mais il faut bien calculer son coup car le flot
revient très vite et des chenaux peuvent se remplir, coupant la voie du
retour aux imprudents.
Informations pratiquesClimat, vents et marées
ClimatC'est la Manche... avec l'humeur mouvante qui fait tout son charme. Difficile de faire un pronostic fiable sur le temps de votre croisière. Le thermomètre monte ici rarement très haut (les quelques jours de canicule annuels sont souvent plutôt au début de l'été) et il n'y a rien d'exceptionnel à le voir descendre en dessous des 15° en milieu de journée au mois d'août. L'une des plus agréables périodes pour se rendre aux îles reste la fin du printemps, avec un temps souvent clément, des couleurs exceptionnelles et une fréquentation encore faible.
VentsNe vous laissez pas abuser par le niveau sonore quand vous êtes au mouillage par une belle journée d'été, avec les conditions anticycloniques qui prévalent alors souvent, assorties d'une jolie brise de secteur nord. Avant d'appareiller sous voile arisée, pensez que le vent prend facilement un cran Beaufort de plus en passant sur l'archipel et qu'il fait volontiers plus grand tapage qu'il ne devrait en s'engouffrant entre les îlots... Bref, contrairement à ce qui se passe partout ailleurs, il y a ici presque toujours moins de vent dehors que dedans ! Pour le reste, la région est soumise aux habituels passages de dépression avec des possibilités de vents forts de sud-ouest à nord-ouest.C'est par vent de nord-ouest que la mer peut être la plus difficile, la houle rentrant alors franchement. Par vent frais de secteur est, ce qui arrive régulièrement hors saison, attention à l'abri trompeur de la côte. Une fois écarté de Granville, la mer devient hachée et pas facile à négocier au retour pour un petit bateau.
MaréesImpossible de ne pas en tenir compte, même par faible coefficient. Car si le marnage maximal est supérieur à 13 mètres, il est déjà de 5 mètres pour une morte eau moyenne, et de plus de 10 mètres pour une banale marée de 90. Les marées hautes sont en retard de 5 minutes, et les marées basses de 15 minutes par rapport à Saint-Malo, port de référence.
RestaurantsTout est fermé en hiver, mais à partir du printemps, une escale à l'Hôtel du Fort et des Iles s'impose, pour faire honneur aux fameux fruits de mer de la région en profitant d'une vue superbe sur le Sound (et même sur Jersey, quand le temps est bien dégagé). L'hôtel dispose de quelques chambres et le patron est de bon conseil sur les spécificités locales. Et même si vous ne souhaitez pas prendre un repas, la grande salle de bar mérite le détour. Un autre restaurant, le Bellevue, se tient en face, attenant à la petite épicerie, précieuse pour les éventuels dépannages. Pour les amateurs de week-ends à terre, les gîtes installés dans la ferme de Chausey gagnent à être connus, même si la vue y est limitée, mais il faut réserver longtemps à l'avance.
Coquillages et crustacésSi la spécialité des pêcheurs
granvillais est le bulot, c'est plutôt le homard qui a fait la
réputation gastronomique de Chausey. Si vous préférez le manger à bord
plutôt qu'à une table de restaurant, encore faut-il le trouver, car la
distribution n'est pas vraiment organisée pour le particulier. Les
solutions : tenter sa chance auprès d'un pro, passer en saison au fort
où, à défaut de homard, on trouve souvent à la vente de superbes
bouquets, ou encore rendre visite au pêcheur qui habite la petite
maison en contrebas de la chapelle (en allant dans la direction des
Blainvillais).
LecturesLecture Le plus passionnant ouvrage sur l'archipel est sans hésiter Les Iles Chausey, inventaire et histoire des toponymes, de Claude et Gilbert Hurel. On y trouve une foison d'informations sur l'histoire locale et l'origine des noms de lieux. Rappelons au passage que Gilbert Hurel sillonne sans relâche la région à bord de son voilier le Courrier des Iles, qui lui sert aussi bien à embarquer des groupes de visiteurs qu'à charger du fret ; avis aux amateurs ! En dehors des différentes publications sur Marin Marie, les ouvrages de l'aquarelliste Jean-Loup Eve permettent de se mettre bien dans l'ambiance. A voir également, le très complet Chausey vu par les peintres, avec des textes de Jacques Jacob et des photos de Sophie Choussy (éditions l'Arcothèque, à Granville, 350 F), présentant l'oeuvre d'une vingtaine d'artistes, et notamment Maurice Châtaignier, Makato oshiro, Marin marie, Bénédicte Dupin et Serge de Filippi. Tous ces livres sont généralement disponibles dans les librairies spécialisées ou à Granville.
LoueursVoiliers de croisière: plusieurs sociétés proposent leurs flottes à Granville et à Saint-Malo ; citons entre autres Saint-Malo Nautic dont le responsable Pascal Marcel qui connaît par coeur le coin est toujours de bon conseil, avec l'avantage d'être l'un des seuls dans la région à disposer de catas et de dériveurs intégraux (des Ovni et des Feeling). Sans oublier bien sûr les grandes figures locales : Grune Sec, Itinea et Lepesqueux. Vieux gréements: une virée aux îles à bord de la Granvillaise, la bisquine blanche, mérite le détour. Pour se renseigner, il faut passer au bureau de l'Association des Vieux Gréements Granvillais, sur le bd des Amiraux, tout près du port (tél. : 02 33 90 07 51). N'hésitez pas à lancer Daniel Denis, le capitaine de port, sur le sujet, il a été l'un des initiateurs du projet ! Et avant d'embarquer, ne manquez pas de lire la nouvelle édition du livre de Jean Le Bot, La Bisquine, édité par l'association.
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Mise à jour le Mercredi, 07 Mai 2008 13:34 |
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