Sommaire du n°627
Mer de Cortez - Mexique Imprimer Envoyer
Écrit par Sébastien Laugier   
Mardi, 30 Novembre 2004 01:00

Le monde perdu

Découvrir la mer de Cortez, au Mexique, est sans conteste une de ces expériences qui reste à jamais gravée en ceux qui les vivent. Une navigation qui nous ramène à un plaisir oublié dans nos contrées : la communion avec l'environnement, et en particulier avec la faune.
 

Présentation

C'est dingue, on ne voit aucune construction ! " " Tu as vu comme l'eau est verte ? " " Regarde, il y a plein d'îles ! " L'arrivée en avion sur l'aéroport de La Paz, point de départ de cette croisière du bout du monde, provoque chez l'équipage des réactions diverses, mais toujours enthousiastes. Il faut dire que le spectacle a de quoi ravir l'amateur de dépaysement : imaginez Juan-les-Pins, mais remplacez la Côte d'Azur et son béton uniforme par un désert aride uniquement peuplé de cactus centenaires ! Vous obtenez La Paz (200 000 habitants), l'une des villes principales de la péninsule de Basse-Californie, à l'ouest du Mexique.

Petite leçon de géographie : la Basse-Californie est une presqu'île gigantesque qui longe la côte mexicaine. A l'ouest : le Pacifique et quelques-uns des plus beaux spots de surf du monde. A l'est, coincée entre le Mexique et la péninsule, la mer de Cortez, ou golfe de Californie : une immense zone navigable de 200 km en son point le plus large, pour presque 3 000 km de long. Elle abrite un des écosystèmes marins les plus développés de la planète. On y recense nombre d'espèces endémiques et c'est l'un des hauts lieux d'observation des baleines, qui terminent ici leur migration annuelle.

C'est ici, au milieu de nulle part, que le loueur américain Moorings a eu la bonne idée d'installer une base, pour les amoureux de croisières sauvages. Assurément, ils ne seront pas déçus ! En revanche, que les fanas de soirées dans les marinas et de dîners aux chandelles dans les restaurants chics passent leur chemin...


 

Carnet de route

Avitaillement à prévoir...

Très excité, l'équipage prend possession d'El Chadaï, le Moorings 494 flambant neuf mis à notre disposition pour ce reportage (en fait un Jeanneau Sun Odyssey 49). Après un briefing dans les règles de l'art, nous procédons à l'avitaillement complet pour une grosse semaine. Cinq caddies pleins sont casés dans le bateau. Il est hors de question d'oublier quoi que ce soit, puisque nous ne pourrons pas ravitailler : il n'existe aucun commerce dans la zone où nous projetons de naviguer.

Ensuite, cap sur le large ! La sortie du port se fait sans problème, à condition de bien noter, pour suivre le chenal sinueux, que les règles de balisage, donc les couleurs des bouées, sont inversées par rapport à l'Europe.

Quelques milles à peine après avoir largué les amarres, nous sommes déjà loin de toute civilisation et entrons au ralenti dans notre premier mouillage : El Embudo, ou Mushroom. Les superlatifs fusent à bord : " Fantastique, éblouissant, incroyable ! " Et pourtant nous ne sommes qu'à 10 milles de notre point de départ. Il s'agit d'une petite baie sablonneuse assez fermée, où la profondeur n'excède pas trois mètres, donnant à la mer une couleur vert clair. Le tout bordé d'une magnifique plage de sable blanc... Ce mouillage est connu pour son rocher en forme de champignon (d'où le surnom de Mushroom) qui tient "comme par miracle". Pour la petite histoire, le miracle à fait long feu puisque, désormais, le rocher tient grâce à un pieu en fer fixé en son centre, depuis qu'il est tombé, il y a quelques années... Après ce premier bain mexicain dans une eau approchant 28 °C, nous repartons pour quelques milles, afin de gagner le mouillage où nous passerons notre première nuit : Caleta Partida. Un vent thermique de près de 15 noeuds - que nous retrouverons quasiment chaque jour - nous permet de parcourir la distance à la voile, l'occasion pour nous d'apprécier les qualités du Sun Odyssey 49, qui nous surprend agréablement en termes de performances et de plaisir à la barre (voir notre essai dans Bateaux n°552).

Cette première nuit à bord, comme toutes les suivantes d'ailleurs, sera d'un calme rare au mouillage. Le vent par ici a la bonne idée de tomber avec le soleil, et si vous rajoutez à cela que les fonds sableux qui remontent en pente douce jusqu'à la côte assurent toujours une bonne tenue à l'ancre, il y a de quoi laisser le capitaine dormir sur ses deux oreilles!


A voir

Danse avec les phoques

Nous voilà à Los Islotes, un archipel d'îlots qui abrite une colonie de phoques. Nous vivrons ici l'une des expériences les plus incroyables de notre vie : les phoques, habitués à l'homme sans être apprivoisés, sont très curieux et adorent jouer avec les visiteurs. A peine sommes-nous dans l'eau qu'ils viennent nous voir, jouent à tourner autour de nous, s'amusant peut-être à nous effrayer en arrivant à pleine vitesse avant de bifurquer au dernier moment ! Un pur moment de bonheur. Une seule recommandation : ne pas les toucher. Simplement parce que ce sont les plus jeunes qui viennent jouer avec vous, et que si vous les touchez, leur mère, dont certaines approchent les 400 kg (imaginez une vache dans l'eau !), pourrait se méprendre sur vos intentions et tenter de les protéger en chargeant, pour de bon cette fois !

C'est avec regret qu'après plusieurs heures passées dans l'eau nous quittons nos nouveaux amis. Mais la mer de Cortez n'a pas fini de nous offrir ses trésors : durant cette semaine de cabotage, nous rencontrerons des baleines grises sauteuses qui se laisseront approcher elles aussi, des multitudes de dauphins, et particulièrement un énorme banc de ces toujours fascinants animaux, avec qui nous jouerons près de deux heures, ou encore des raies sauteuses qui, c'est sûr " auront des ailes dans quelques millénaires, à force d'essayer de voler ! ".

Isla San Francisco et son mouillage dans un ancien cratère, Isla Coyote, un caillou perdu où l'on trouve un minuscule village de pêcheurs qui se font un plaisir de vendre leurs poissons, Punta San Evaristo et sa forêt de cactus, Puerto Ballena et ses hectares d'eau vert claire... la liste est longue des mouillages inoubliables où nous jetons notre ancre. Nous avons conscience d'avoir fait un voyage encore plus exceptionnel que ce que nous avions imaginé. Le dépaysement est total, le retour à la nature très enrichissant. Il nous fait prendre conscience que, quelque part sur cette planète, il reste assurément quelques endroits où on a encore une chance de côtoyer des animaux dans leur environnement. Pourvu que ça dure !


Informations pratiques

Nous vous conseillons de prendre, si possible deux ou trois semaines pour visiter le Mexique, dont une pour cette croisière. Ce pays regorge de lieux incroyables à visiter absolument. Ne serait-ce que Mexico City, une ville étonnante de diversité, avec ses quartiers surpeuplés qui côtoient les lieux réservés aux " Bobos ".

Quand y aller

La Basse-Californie est dans l'hémisphère Nord. Le climat est plutôt frais l'hiver et la température de l'eau peut tomber à 13 °C. Le meilleur moment pour y aller se situe entre mars et juin.

La pluviométrie mensuelle moyenne à cette période est de...0 mm ! La température avoisine 30°C le jour, et 20 °C la nuit. Idéal. Quant à la mer, début mai, elle était à 26 °C, un peu plus chaude au fond des criques. Enfin, si vous voulez être sûr d'observer les baleines, allez-y entre décembre et avril.

Comment y aller

9 h 40 de vol de Paris à Mexico, puis 2 h 05 de Mexico à La Paz. En ne vous y prenant pas trop tard, vous trouverez des billets à moins de 900 €. Le vol intérieur Mexico-La Paz revient cher (plus de 300 €) car l'état de Basse-Californie fait payer une taxe aux voyageurs pour les aider à préserver l'environnement.

Langues

L'espagnol, mais l'anglais peut servir dans es grandes villes ou les hôtels.

Monnaie

Le peso. Un euro vaut un peu plus de 12 pesos. Pour info, nous avons payé 30 e par personne la nuit en chambre double à Mexico, avec le petit-déjeuner, dans un hôtel qui correspondait à peu près à un trois étoiles chez nous.

Formalités

Un passeport en cours de validité.

Location

Notre loueur Moorings, seul loueur sur place, a une gamme de monocoques de 36 à 49 pieds et de catas de 38 à 45 pieds.Le Sun Odyssey 49 de ce reportage, coûte 590 à 900 € par jour, suivant la saison.
http://www.moorings.com ou 0800 80 30 30

Guides et récits

Les guides Lonely Planet, référence des guides de voyages, ont une édition sur le Mexique en français et, surtout, un guide sur la Baja California en anglais. A lire absolument avant de partir ou à bord, Dans la mer de Cortez par John Steinbeck (traduit en français aux éditions Actes Sud, collection Terres d'aventure). En 1940, le grand écrivain américain a mené une expédition scientifique à bord d'un bateau à moteur. Un récit plaisant qui nous apprend énormément sur cet endroit peu fréquenté, même si les choses ont bien changé depuis.

Sur Internet

Lonely Planet : www.lonelyplanet.fr

Office du tourisme de La Paz : www.gbcs.gob.mx

Office national du Mexique : www.mexique.infotourisme.com


Attention : comme il n'y a qu'un seul endroit pour ravitailler en eau, très au nord, les bateaux sont en général des versions propriétaires, avec moins de cabines qu'aux Antilles. Par exemple, les 36 pieds n'ont que deux cabines.

Mise à jour le Jeudi, 08 Mai 2008 07:44
 
 

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