Une terre magnifique
Pour chaque marin, Saint-Pierre et Miquelon est un archipel mythique protégé par ses bancs de brume légendaires. Déserté par les flottilles de goélettes françaises qui ont fait sa richesse, Saint-Pierre et Miquelon n'a pas perdu pour autant son authenticité. Cette terre, longtemps escale salvatrice des dangereuses campagnes de pêche à la morue, offre aujourd'hui aux visiteurs l'image d'une contrée restée sauvage, témoin de la grande aventure des terre-neuvas.
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Présentation
Evoquant l'aventure, les marins d'exception et des conditions
climatiques extrêmes, beaucoup situent Saint-Pierre et Miquelon dans le
Grand Nord, à des latitudes extrêmes. Pourtant l'archipel, sur la même
latitude que Brest, est à quelques encablures de Terre-Neuve (140
milles) et à 360 milles d'Halifax sur le continent. Par 46° 49 N et 56°
10 W, juste à l'extrémité est du grand banc de Terre-Neuve, trois îles
principales le composent : Saint-Pierre, la plus petite mais la plus
urbanisée, Langlade, habitée par les biches et les renards, reliée par
un isthme à Miquelon, tout aussi sauvage excepté le village du même nom
comptant 600 âmes. Au total, près de 7 000 personnes vivent sur
l'archipel, la grande majorité à Saint-Pierre, dans des maisons
traditionnelles de bardeaux. Dans ce paysage polaire, à la végétation
rase, plongé dans la brume et recouvert de neige sept mois de l'année,
pour compenser, les habitants sont en constante compétition pour parer
leurs maisons de couleurs éclatantes. Le résultat est enchanteur, un
paysage digne d'une bande dessinée : jaune, violet, rouge, rose,
bleu...toute la palette du peintre y passe.
En fin d'après-midi de juin, alors que les dernières neiges sont visibles sur les falaises de Langlade et que les cartes des glaces indiquent encore leur présence dans le secteur, l'archipel se dévoile peu à peu, baigné par la lumière rasante du soleil déclinant. Au détour de la côte, la ville de Saint-Pierre apparaît : avec ses rues perpendiculaires tirées au cordeau et ses maisons de bois à l'architecture canadienne, la ville renvoie l'image d'une bourgade nord-américaine. Pourtant nous sommes bien en France : l'accueil chaleureux de compatriotes et la langue française - dépourvue d'accent québécois - le rappelle dès le premier contact. Le mélange des cultures est un des traits de caractère de Saint-Pierre, où le bus de ramassage scolaire jaune importé du Canada côtoie l'estafette de la gendarmerie nationale.
Phoques communs, macareux et baleines à bosses ne sont que des exemples du grand nombre d'espèces observables. Sur le rocher du Grand Colombier, on observe macareux, mouettes tridactyles, et petits pingouins côte à côte. Un isthme étroit sépare Langlade, et sa forêt de conifères, de Miquelon.
Histoire
Une histoire liée au séchage de la morue
Découvert en 1520, le premier établissement permanent fut construit
à Saint-Pierre et Miquelon en 1604. Normands, Bretons et Basques
vinrent alors s'y établir pour y développer le séchage de la morue. Le
blason de Saint-Pierre et Miquelon réunit d'ailleurs les drapeaux des
trois
régions d'origine de la population : le Pays basque, la Bretagne et la
Normandie.
Au XIXe siècle, l'activité est à son apogée : près de 200 goélettes
et plus de 3 000 marins relâchent à Saint-Pierre, donnant à la baie
l'aspect d'une forêt de mâts. Chaque année, des vapeurs, en provenance
de Saint-Malo et Granville, débarquent des " graviers " : hommes en
charge du séchage de la morue sur les graves. Car l'archipel était
spécialisé dans la morue salée et séchée, à la différence des goélettes
restant pendant toute la campagne sur le grand banc qui revendait la
morue verte : vidée et salée pour la conservation, elle était négociée
dès l'arrivée en France. Aujourd'hui, les dernières traces de cette
histoire de la grande pêche sont conservées sur l'île aux Marins, où
les anciennes habitations et les graves sont encore visibles.
Au XIXe siècle, on trouvait deux cents maisons sur l'île aux Marins. Au
premier plan, les graves qui servaient au séchage de la morue.
Un cimetière de navire
On décompte entre 700 et 800 naufrages sur les côtes de l'archipel,
dont la majorité (plus de 200) sur l'isthme joignant Miquelon et
Langlade, invisible dans la brume, ce qui lui valut d'être surnommé le
cimetière de navires. Entre tempêtes soudaines, coups de poudrin -
vents en rafale faisant tourbillonner une neige poudreuse -, tornades
et brumes, la navigation est loin d'être aisée. A cela s'ajoute, à
quelques encablures de la côte, une multitude d'écueils sur lesquels
s'échouaient les goélettes. Ces naufrages ont donné naissance à de
nombreuses légendes, tant sur des trésors engloutis quesur des
créatures imaginaires, tel ce chien aux yeux de feu, errant sur les
dunes de l'isthme...Aujourd'hui, la technologie a mis un terme à tous
ces drames et le dernier navire à s'être échoué fut le Transpacifique,
en 1971. Cherchant à rejoindre le port de Saint-Pierre, la brume lui
dissimula l'île aux Marins et le capitaine dut abandonner son navire
sur les rochers. L'épave, la dernière visible sur l'archipel, repose
sur une des plages de galets de l'île. Malgré les radars, et autres
GPS, l'archipel demeure une terre difficile d'accès et réservée aux
skippers avertis. Mais nous sommes en France et le nouveau canot de la
SNSM veille...
A voirTrait architectural caractéristique, les maisons ont, en guise d'entrée, un tambour, sas indispensable en hiver pour préserver le confort chauffé des habitations. L'hiver rigoureux, qui recouvre l'archipel d'un manteau neigeux, s'efface de mai à septembre, le temps pour la nature de renaître. Les prairies de Langlade se recouvrent alors de centaines de violettes, les conifères rachitiques reprennent leur souffle et émergent des épais tapis de mousse et de lichens, plantes délicates ou carnivores ! Avec cette nouvelle vie sur un sol rocheux battu par les vents, sonne l'heure des randonnées autour des lacs de Saint-Pierre, dans la forêt de Langlade ou sur les dunes et prairies de Miquelon parmi la faune riche et variée de l'archipel. Aigles à tête blanche, canards pilets, macareux, pétrels cul blanc, mouettes tridactyles, goélands et grands cormorans envahissent le ciel tandis qu'au sol, renards roux, cerfs de Virginie et lièvres arctiques sortent de leur léthargie. Sur le rivage, au fond des anses creusées dans la falaise de Langlade, phoques gris ou communs se prélassent sous les premiers rayons du soleil. Pour les Saint-Pierrais, l'été est surtout synonyme d'activités en plein air : voile légère, football - l'archipel compte trois équipes, donc un championnat ! - ou encore pelote basque, le sport le plus populaire de l'archipel, importé par les chasseurs de baleine et les pêcheurs basques venus s'installer à Saint-Pierre. C'est aussi l'époque propice à la plaisance. La dizaine de voiliers immatriculés à Saint-Pierre sortent de l'hivernage et retrouvent leurs places aux pontons de l'anse à Rodrigue ou au fond du Barachois : mot d'origine basque (le barachoa) signifiant banc de sable formant une barre ou lieu tranquille. C'est là qu'au xixe siècle les pêcheurs remontaient leur doris sur la grève à l'aide de cabestans, tirant l'embarcation sur des rondins de bois. Aujourd'hui encore, cette technique est toujours largement utilisée par les pêcheurs locaux et les plaisanciers. Si peu de voiliers croisent autour de se coin de France, l'archipel a une très forte tradition maritime, en dehors de son passé lié à la pêche. Le souvenir des trois passages d'Eric Tabarly à Saint-Pierre hante encore toutes les mémoires.
Aujourd'hui, les autorités s'engagent largement pour la promotion de la voile chez eux avec l'organisation en 1987 de la Transat 6,50 Lorient-Saint-Pierre et en juin dernier de l'étape de la première transatlantique pour 50 pieds, venant de Saguenay et se rendant aux Sables-d'Olonne.
L'hiver, le port n'est jamais pris par les glaces mais, prudence, elles ne sont jamais loin et il arrive parfois qu'un iceberg s'échoue sur les hauts-fonds, aux abords de ce coin de France.
Au gré d'une balade dans la ville de Saint-Pierre, aux maisons parées de mille couleurs, toutes équipées d'un tambour - sas d'entrée indispensables l'hiver -, on tombe obligatoirement sur le fronton de pelote basque. Dès les premiers beaux jours, jeunes et moins jeunes s'affrontent sur ce terrain et pratiquent le sport de leurs ancêtres.
Informations pratiquesY aller
En avion, jusqu'à Halifax, Montréal ou Saint-Jean de Terre-Neuve, puis vol
avec Air Saint-Pierre (www.airsaintpierre.com). Environ 2 200 €. En bateau, 46° 49 N/56° 10 W.Sur place, il n'y a pas d'agence de location. La seule solution est de louer sur le continent américain pour une traversée vers Saint-Pierre. Pour l'archipel : carte n° 982 du Shom. Distances des principaux ports nord-américains :
Sydney (Nouvelle-Ecosse) : 180 milles
Halifax (Nouvelle-Ecosse) : 360 milles
Saint-Jean de Terre-Neuve : 140 milles Climat
De type nordique, il est adouci par l'influence océanique. L'hiver, moins rigoureux qu'au Canada, connaît cependant des températures oscillant entre - 5 et - 10 °C. L'été, il fait entre 15 et 20 °C en moyenne dans la journée. L'archipel connaît 120 jours de gel par an. La période touristique va de mai à septembre. Adresses utiles
Service loisirs accueil, place du Général de Gaulle, 97500 Saint-Pierre et Miquelon. Tél. : 05 08 41 23 84.
Yacht-club de Saint-Pierre, quai Eric Tabarly. Tél. : 05 08 41 47 36. CultureA voir avant de partir : Le Crabe tambour, réalisé par P. Schoendoerffer (1977). Entre terre et mer, d'Hervé Baslé (1997). La Veuve de Saint-Pierre, réalisé par P. Leconte (1999).
A lire avant de partir : Mémoires d'outre-tombe, de René de Chateaubriand.Cinq siècles de pêche à la morue, éd. Ouest-France.
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